Tous les changements, même les plus souhaités, ont leur mélancolie - Anatole France

Ancienne chef d’entreprise, Danièle Bacheré accompagne ses patients via la thérapie sensitive depuis 2006.

Après une analyse (à partir de 1980) et une douzaine d’années d’approfondissement psycho thérapeutique (orientation Freudienne), elle s’est tout d’abord orientée vers les approches de Jung et de Carl Rogers.

Son aventure de vie riche et remplie l’a conduite à appréhender notre monde extérieur au travers de la lecture de notre monde intérieur et de la relation entre les deux.

La base de son éthique repose sur l’écoute, l’ouverture, la conscience, la bienveillance, en ayant toujours la conscience que tout enseignement ne possède de valeur que lorsque l’expérience en est faite et que nous pouvons l’incarner, dans le corps, par son intelligence silencieuse.

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Danièle Bacheré est mon invitée

            Qu’est-ce que la thérapie sensitive non duelle exactement ?

C’est avant tout une posture, une relation au vivant, une écoute intérieure qui nous met en contact, si nous devenons attentifs, avec ce qui nous habite vraiment.

C’est l’art d’Être et d’être en lien épanoui avec soi, avec les autres, avec l’environnement naturel, social ou culturel.

Toutes les pratiques, quelle qu’elles soient – le bouddhisme, les constellations familiales, la kinésiologie, la méditation, le Qi Gong, etc…, se basent là-dessus. Elles parlent toutes de la résonnance, de ce qui se passe à l’intérieur et non à l’extérieur.

20150421_151832La thérapie sensitive invite à sentir ce qui se passe à l’intérieur de soi et à dire oui.

Tout le monde semble capable d’entendre un nœud au ventre, la joie ou l’agacement. Ensuite, le souci vient du fait que nous formulons immédiatement des commentaires à ce ressenti pour nous raconter des histoires comme : « C’est parce que je suis comme ceci » ou « C’est à cause de cela ». Ces interprétations amènent une forme de pensée conduisant à la perte du véritable message d’origine.

Prenons un exemple concret. Quand je sens que la colère monte, je peux dire « Ok je la sens » et observer « Tiens, je sens qu’il existe de la colère en moi ». Dans cet état d’esprit, je peux percevoir l’ouverture d’un espace dans lequel je vais voir ce qui paraît touché en moi. A ce moment-là, je me mets dans la possibilité de m’en occuper, d’en prendre soin, d’accueillir cet agacement dans la bienveillance. C’est là que je peux recevoir intuitivement la réponse juste à y apporter.

La deuxième solution qui s’offre à nous, malheureusement la plus courante, se traduit par l’envahissement de la colère, et l’incapacité de marquer de temps d’arrêt à son sujet. Tout de suite, cette pulsion naissante va me conduire à chercher comment détruire la raison de cette colère. C’est de cette façon que nous rentrons en conflit avec ce qui est (l’autre, l’événement, un embouteillage, une panne, etc), parce que cela crée émotionnellement une dualité.

Sentir l’énergie qui m’anime (joie, tristesse, peur de l’abandon, amertume, besoin de reconnaissance) et ma relation à cette énergie (j’y résiste ou je la constate avec bienveillance et sans m’y attacher) est l’attitude « adulte » qui conduit immanquablement à rencontrer la sérénité et l’efficacité.

            Comment  définissez-vous la crise de la quarantaine ?

Cette expression se constitue de deux mots : crise & quarantaine.

Le mot crise traduit une période où nous arrivons à un besoin fondamental de changement, où ce qui est, a besoin d’évoluer.

La quarantaine, elle, correspond à une crise de sens. A cet âge, souvent nous finissons de « maturer » le jeune adulte pour passer dans le véritable âge adulte : un âge d’ouverture, de sérénité, d’humilité, où nous apprenons à développer cette qualité d’écoute à soi.

La crise de la quarantaine se matérialise par une période où tout ce que nous avons vécu n’a plus de sens. Nous nous sommes attachés à une identité, à définir un « soi » par rapport à la société, aux autres, mais nous n’avons pas trouvé notre vraie dimension intérieure, notre « qui je suis » hors de toute étiquette.

Cette maturité atteinte permettra d’accueillir ce qui est, pour pouvoir, à partir de là, poser le prochain acte le plus bénéfique pour tout le monde, c’est-à-dire pour soi et donc pour les autres.

            Comment gérer la crise de la quarantaine et son impact sur le couple ?

Par définition, le couple représente l’espace privilégié de la relation, du savoir-être en relation. C’est l’endroit où nous apparaissons comme le plus vulnérable. Dans cet espace, ce que je suis est amené à se dévoiler, et le « moi » vit en même temps la difficulté de se mettre à nu.

Dans les moments de crise, ce n’est pas le « couple » en terme générique qui rencontre un problème, mais le fait que nous n’ayons pas trouvé notre propre direction intérieure. Cette situation, que nous percevons intuitivement comme une incohérence intérieure profonde, créera une frustration qui rejaillira inévitablement sur le couple.

Dans la période de crise de la quarantaine, nous attendons, par exemple, que notre conjoint comble le manque de sens de notre vie, le besoin de nous sentir vivants, en sécurité, accueilli,… C’est-à-dire des qualités qui se ressentent comme un appel intérieur. Or, l’autre ne peut rien mettre à l’intérieur de nous. Au mieux, nous allons nous sentir attirés par l’autre, car à ses côtés nous sentons vibrer en nous ces qualités. Le piège classique réside alors dans le fait de croire que l’autre « fait » cela, qu’il possède ce pouvoir, et nous devenons affectivement dépendants et restons incomplets. Rapidement la frustration et la rancœur s’installent.

Dans « l’état amoureux de départ », l’autre nous fait rentrer en résonance avec ce que nous avons besoin de faire grandir en nous. L’autre agit tel un miroir. Il nous appartient, une fois vues, d’aller déployer et nourrir ces qualités qui nous appellent, de les faire vivre au quotidien. Nous pourrons alors les offrir comme étant ce qu’il y a de meilleur en nous. C’est juste en les laissant vibrer dans l’espace d’accueil de l’autre qu’est la relation amoureuse. Seul ce couple mature vivra la plénitude. Quand nous rencontrons celle-ci en nous, nous pouvons la partager avec l’autre. Pour l’atteindre, cela nécessite d’aller écouter à l’intérieur de soi, pour détecter, dans un premier temps, où nous en sommes, puis l’accueillir : « Ha bon, il se passe ceci en moi, je suis en manque affectif, dans une colère permanente, j’ai besoin de sécurité, de reconnaissance, etc ». Ce qui ne signifie pas le valider, juste le constater : « D’accord, je vois que cela correspond à ma réalité du moment ».

Le couple n’a rien à voir avec la crise du couple puisqu’il s’agit finalement d’une crise individuelle, reflétée en miroir par l’intimité avec l’autre. Par contre, le résultat de ce qui se vit dans l’espace du couple a tout à voir avec ce que chacun y amène.

Lorsque nous identifions notre besoin, nos manques, nos attentes avec beaucoup de bienveillance, une tendresse s’ouvre d’elle-même à ce moment-là. Nous pouvons alors rencontrer l’autre, car il émane à cet instant de nous toute l’affection dont nous avons besoin, et par conséquent, nous la recevons aussi.

Donner équivaut à s’offrir. Ce mouvement intérieur d’ouverture nous permet d’entrer dans un espace d’authenticité. Un espace de sécurité, de confiance, dans lequel nous nous sentons accueillis, en paix. Il s’agit aussi de l’espace où recevoir l’autre tel qu’il est. C’est par là que passe la transformation de l’un et de l’autre et non pas en modelant l’autre tel que nous voudrions qu’il soit.

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             La crise de la quarantaine dans le couple rime souvent avec dualité et conflit.

Comment faire autrement ?

Cela ne peut passer que par la découverte intime de qui je suis. C’est le seul lieu qui permettra d’accueillir l’autre et d’accomplir ensemble l’expérience de qui nous sommes.

Cet endroit n’a rien à voir avec les identifications à une personnalité : le « deal » ne réside pas dans le fait de se définir comme « je suis une maman de trois enfants, je suis comme mon père, je suis forte, je suis nulle, je dois rester jolie, je suis le directeur, … », et tous les milliers d’étiquettes dont nous nous parons.

« Qui je suis » réside dans le véritable ancrage de cette écoute intime, de ce qui appelle à se manifester au fond de nous : la paix, la joie du cœur, l’épanouissement, la sécurité, le partage, la liberté, l’espace intérieur, l’Amour

Ces aspirations existent en nous sans que nous y soyons pour quelque chose. En étant vécues, elles nous conduisent à la plénitude, de choisir de les faire vivre nous comble.

Obligatoirement, nous ne pouvons les faire vivre qu’au travers des « formes » que nous donnons ou que prend notre expérience personnelle & quotidienne.

Par exemple, si quelqu’un choisi d’être institutrice, ou plombier, ou méticuleux, de vivre en ville ou à la campagne, d’être célibataire ou parent, cela représente les formes données à notre expérience en tant qu’être vivant, nos « formes de vie » d’humains.

La cohérence naît lorsque nous savons :

·      reconnaître ce que nous vivons dans ces expériences telles que la joie, la peine, l’euphorie, la tristesse, la colère…

·      le confier avec humilité et gratitude à ce à quoi nous aspirons. Il suffit de se poser la question : que ferait mon aspiration (Paix, Joie du cœur, Amour,…) dans ce cas pour donner le meilleur de   soi

·      puis poser les actes qui nous sont ainsi indiqués

Ce qui appelle au fond de chacun de nous s’apparente à de la grandeur : la paix, la joie, la sérénité, le désir d’embrasser le monde. Dans la « forme » que cela prend, à nous d’être en cohérence en étant en conscience : « quel prochain petit pas puis-je faire pour faire vivre la paix, la sérénité, dans tous les gestes de mon quotidien, y compris dans ma vie de couple qui représente aussi « une forme » ?

Si je n’obéis pas à ce mouvement intérieur, je me sens en incohérence, d’où la naissance de la souffrance. Nous avons du mal à vivre la cohérence parce que nous validons les formes pensées (je suis ceci ou cela, je dois faire ceci ou cela pour être bien, je suis victime, je suis mauvais,…), et que nous n’écoutons pas ce qui se passe à l’intérieur de notre corps. Nous possédons un tel attachement à la forme pensée, nous avons tellement peur de ne plus rien être si nous ne défendons pas nos idées, notre identité à laquelle nous demeurons très solidement attachés, que nous vivons en totale incohérence et ne faisons pas le choix de vivre honnêtement « Qui nous sommes ».

Alors qu’il suffirait d’ouvrir les bras, de sourire, et de rentrer dans la danse de la vie.

            La crise de la quarantaine peut conduire le couple à des écarts (le fameux démon de midi), des décisions brutales (séparation), des changements d’attitude  (égoïsme, indifférence, volonté de rajeunir, …). Comment les éviter ?

Quand nous restons enfermés dans ce processus mental, celui des pensées, qui au travers de nos croyances, les valide et en crée d’autres, nous avons parfois, même souvent, des difficultés à réaliser ce pas de recul vers « Qui je suis ». Pourtant cette distance nous permettrait d’observer l’ensemble de notre vie comme une globalité et de l’accueillir dans une grande respiration pour revenir à notre essentiel, à savoir : « Qu’est-ce que je souhaite vivre ? ».

Les infidélités, les séparations, les envies de tout laisser tomber… représentent une fuite. Le mental cherche une autre échappatoire parce que « cette forme » ne l’a pas comblé.

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Quand le mental ne se relie pas à ce qui est essentiel pour nous, notre aspiration profonde, il devient fou, il fonctionne à l’envers, tourné vers un

ailleurs, un autrement illusoire. Il est en perdition, toujours insatisfait, toujours en manque, puisqu’il n’est pas connecté à sa source, notre source, représentée par notre aspiration profonde. La trahir équivaut à nous perdre.

Quand nous prenons le temps de prendre du recul, nous pouvons goûter la sérénité, le bonheur, la légèreté, … Quelque chose lâche, s’ouvre. Dans cet endroit, tout s’apaise et finalement, les problèmes n’ont pas grande importance, même s’il faut les régler.

En revenant à soi, nous nous rendrons compte que ce n’est pas l’autre qui m’apporte l’Amour, mais que la source de l’Amour demeure en moi.

Si je me place dans cette ouverture, cela crée un espace aimant. Ainsi, lorsque mon espace aimant rencontre l’espace aimant de l’autre, ils grandissent d’autant plus ensemble. Alors ça peut être un vrai couple d’amants.

          Comment naît cette dualité au sein de notre être qui nous empoisonne tant la vie, alors que lorsque nous vous lisons, tout paraît si simple ?

Le formatage de la pensée s’ancre dès la petite enfance.

Bébé, nous évoluons dans la relation intime du silence, de la paix, de la tendresse, entièrement rivés à la confiance, avec une sensation d’unité, de plénitude, d’amour et de fusion.

Cette sensation représente celle de notre état fondamental, d’avant les pensées.

Ensuite, le nourrisson expérimente la séparation, là où les pensées arrivent.

Il constate que ses parents ne reçoivent pas, par moment, l’amour inconditionnel qu’il leur voue, qu’ils possèdent d’autres centres d’intérêt que lui. Il découvre la séparation de la fusion, ce qui crée un espace de détresse, de déprime. Alors, une pensée naît dans son inconscient : « Qu’ai je fais de mal qui génère ce désintérêt ? ». La culpabilité arrive, tout comme la notion d’impuissance, des pensées de jugement, d’évaluation.

A partir de là, l’enfant développe des comportements additifs, comme ceux de faire le pitre pour attirer la reconnaissance, être studieux ou être insupportables pour attirer l’attention, etc. Il s’y habitue et les répète tout au long de sa vie .

Le processus de croissance équivaut à devenir conscient de cela, souvent vers 40 ans, parfois plus tôt, parfois plus tard, parfois jamais. Nous réalisons alors l’absurdité de ce que nous vivons et nous ne savons pas par quoi le remplacer. Nous essayons d’arranger nos formes de vie plutôt que de lâcher prise pour entendre et réaliser ce qui nous appelle à l’intérieur. Tout devient pourtant dès lors tellement plus simple et plus fluide.

Dans notre société actuelle, tout nous ramène à la consommation et aux pensées. De ce fait, l’humain se trouve en situation de désespoir. A nous de nous reconsidérer en tant qu’humain et de choisir d’en faire notre priorité.

Cela ne se comprends pas vraiment avec le mental et la raison, mais même si nous le ne savons pas clairement, nous en possédons la profonde intuition, notamment dans notre ressenti corporel.

Ce n’est qu’avec le miroir de l’autre (tous les autres) que nous en prenons conscience.

Un accompagnant professionnel, qui joue ce rôle de façon « sécure, » bienveillante et adaptée, apparaît  souvent extrêmement salutaire.

Commentaires

  • Bonjour, mon conjoint fait une crise de milieu de vie. Il a en premier lieu quitté le domicile pour m’annoncer qu’il voulait rompre. A l’heure actuelle nous avons lancé le préavis, il a pris un appartement seul. J’ai l’impression qu’il fait les choses rapidement sans réfléchir. Dès fois j’ai l’impression qu’il contrôle pas ce qu’il fait et, moi sa conjointe je suis perdue…

    • Bonjour Myriam,

      merci pour votre commentaire.
      Je comprends votre désarroi qui est légitime.
      Souhaiteriez-vous entamer un travail à propos de ce que vous traversez ?
      A bientôt de vous lire.

      Belle journée à vous.

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