Quelle vie merveilleuse fut la mienne ! Si seulement je m'en étais rendu compte plus tôt ! - Colette

Après plus de 10 années d’expérience dans l’éducation, notamment en tant qu’assistante pédagogique en milieu scolaire, Emmanuelle Charenton met en place des ateliers de gestion du stress en 2012, à destination des enfants & adolescents, basés sur le programme MBSR (mindfulness based stress reduction). Ces derniers permettent de travailler sur l’attention, la concentration et de mieux se préparer aux examens.​

Soucieuse de pratique ce qu’elle enseigne, elle médite également depuis plus de 15 ans. Cette discipline lui permet de véhiculer son expérience et d’en partager tous les bénéfices au cours des différentes animations qu’elle propose à destination d’un public varié.

Aujourd’hui, elle propose des ateliers de pleine conscience pour les enfants et adolescents. J’accueille Emmanuelle Charenton pour échanger sur le sujet avec elle.

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Pouvez-vous nous rappeler ce qu’englobe la MBSR?

Il s’agit d’une méthode basée sur la réduction du stress par la pratique régulière de la pleine conscience, mise en place par Jon Kabat-Zinn. Ce médecin a combiné les outils de la méditation avec le yoga, les neurosciences & la psychologie. Cette technique a notamment été testée dans des écoles en Europe, et ces recherches montrent qu’elle permet une meilleure concentration et un mieux-être des élèves. Les enfants sont plus attentifs, ils participent davantage en classe, ils sont plus confiants, dorment mieux, et sont plus aimables les uns envers les autres. 

En France, les outils de la pleine conscience sont utilisés depuis environ 15 ans dans les hôpitaux, les écoles, les prisons. Eline Snel a ensuite adapté le programme MBSR pour les enfants au travers d’un programme intitulé  «  L’attention ça marche ! ». Jeanne Siaud–Facchin, psychologue clinicienne promeut également la méditation en France, via un programme de pleine conscience pour les enfants et les adolescents afin d’apprivoiser le stress et les émotions.

J’enseigne sur la base de ces programmes combinés à mon expérience personnelle et professionnelle .

Justement actuellement quels sont les besoins des parents et des enfants à ce sujet ?

A l’heure actuelle, nous constatons beaucoup de troubles de l’attention chez les enfants. Ils sont l’objet de beaucoup trop de sollicitations.

Un exemple très simple : nous leur demandons souvent 20160116_182141 (3)de faire attention à ceci ou à cela, mais nous ne leur apprenons pas à se concentrer. Or l’attention fonctionne comme un muscle qui se travaille.

De même, le système scolaire fonctionne sur le savoir-faire, pas sur le savoir-être. Ma méthode inclut justement l’apprentissage de ce que cela veut dire d’être attentif et comment se détendre pour y parvenir. Nous pouvons parfaitement apprendre à nous concentrer en étant calme. De cette façon nous apprenons mieux. Nous pouvons aussi observer nos émotions pour comprendre comment nous fonctionnons.

Dans mon enseignement, j’ajoute l’aspect de bienveillance, le respect de soi-même et de l’autre. Cette notion passe forcément par une meilleure connaissance de soi, qui en résonance, nous permettra de mieux appréhender l’autre.

Une place particulière revient aux émotions dans votre enseignement ?

Effectivement, valider le fait que je puisse ressentir des émotions reste primordial pour moi. Plusieurs supports sont utilisés : le corps, les sens,  et en parallèle les pensées, puis justement les émotions. Comment fonctionnent- elles ?  Comment se manifestent-elles dans mon corps ? Que se passe-t-il alors à l’intérieur de moi ? Comment interagissent-elles avec celles des autres ?

Donner sens à ce que je ressens à l’intérieur de moi, me permettra de mieux rentrer en contact avec les autres. Par exemple, nous pouvons nous arrêter pour nous demander  qu’est-ce que la joie ou la colère et prendre le temps de la décrypter.

L’émotion n’est pas juste quelque chose de mental. Elle va aussi induire un ressenti dans notre corps. Elle va prendre une certaine coloration, une certaine densité selon chacun, impliquant aussi des pensées puis une mise en action. Décrypter leur fonctionnement et accueillir les émotions, c’est là que s’effectue  l’accompagnement de l’ordre du savoir-être.

A l’école, je trouve qu’il manque un espace de paroles pour les enfants. Dans les ateliers que j’anime, je leur donne la possibilité d’être pleinement attentifs à leurs émotions. A partir de là, ils vont s’autoriser à parler de quelque chose qui les a touchés, par exemple un événement avec un grand-père, une sœur, un copain, et ils vont prendre le temps de décrypter ce qui s’est passé dans cette situation, quelles émotions ont émergé en eux à cet instant précis ? Le fait de pouvoir le décrire et mettre des mots sur ces faits aura un pouvoir libérateur pour l’enfant, car il aura été entendu et il pourra continuer de vivre avec.

Autre exemple, dans les ateliers, le fait d’entendre ce que l’autre dit, cela nous apprend à respecter la parole de l’autre. Cela peut aussi nous permettre d’entendre que  quelqu’un ressent ou dit la même chose que nous, et de nous sentir moins seul face à un ressenti.

Les parents ont aussi besoin d’être éduqués à tout cela pour le transmettre ensuite à leurs enfants. Mes cours les incluent pour qu’ils puissent mieux saisir comment leurs enfants fonctionnent et pouvoir les accompagner.

Quels sont les prochains ateliers que vous proposez en ce sens, pour les enfants et les adolescents ?

20160116_182042A partir de mars, au social club de Bordeaux, je présente un programme progressif qui durera entre 6 et 8 semaines, sur la méthodologie les outils de la pleine conscience. Ce sont des séances d’une heure, évolutives, avec de nombreux thèmes abordés de façon ludique. Au fils des semaines, les enfants apprennent à se concentrer, à utiliser leur respiration, à mieux comprendre le stress et les émotions pour mieux les apprivoiser, à gérer leurs impulsions et à trouver un peu de calme en soi. L’aspect de bienveillance fait aussi parti de l’apprentissage.

Actuellement, que font les enfants & adolescents avec  leurs émotions ? La plupart du temps, ils les étouffent sans en parler. Ils enchaînent leur journée sans temps de pause. De ce fait, ils n’ont même pas conscience qu’ils en ont besoin.

A travers ce programme, je vais leur apprendre à rester pleinement présent, savourer chaque instant de la vie, identifier ce qui se passe en eux et autour d’eux,  afin d’être moins pris par leurs impulsions, trouver de nouvelles ressources et pouvoir gagner en liberté !

Pour les adultes, je préconise la même chose, car ils rencontrent le même besoin. Les parents courent partout, stressés, passent la moitié du temps sur leur ordinateur, leur smartphone, sans avoir conscience du moment présent, sans le vivre pleinement. Il demeure primordial de prendre le temps de s’arrêter, de débrancher le « pilote automatique »,  en s’octroyant des temps de pause.

Nous avons tous besoin de sas de décompression. L’avantage pour les enfants, c’est que si nous leur donnons des graines à faire germer, ils seront émotionnellement plus stables, ils sauront se détendre, plutôt que de se mettre tout le temps la pression et de vivre dans le stress.

Que représente pour vous la crise de la quarantaine ?

Je la vois comme une phase de transition avec certaines difficultés. Pour l’avoir parcourue, la crise de la quarantaine s’apparente à une phase de bilan où nous nous demandons ce que nous avons accompli par le passé et sur quoi nous aimerions mettre l’accent dans le futur ? Est-ce que nous devons réorienter certaines choses dans notre vie ? Que faut-il que je développe ?

Je n’aime pas trop le mot crise, je préfère le mot opportunité, celle de dresser un bilan. Le besoin de se réapproprier sa vie.

Cette phase de deuil nous invite à saisir une opportunité de changement. Même quand si nous nous sentons déstabilisés pendant cette période, nous pouvons devenir acteurs de notre vie et ne pas nous contenter de rester spectateurs. Elle nous offre une belle occasion de revisiter ce nous avons accompli et de voir ce nous désirons faire après.

Avez-vous un ou des ouvrages à nous conseiller ?

« Calme et attentif » et « Respirez » de Eline Snel

« Tout est là, juste là – Méditation pour les ados » Jeanne Siaud-Facchin

Les ouvrages de Christophe Fauré, psychiatre réputé qui évoque notamment des phases de changement et de deuil.

« Vivre libre, conseils aux adolescents » du lama Jigmé Rinpoché 

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